La France a été l'un des premiers pays de la communauté internationale à créer un institut national de recherche pour la promotion de l'archéologie sous-marine. Le Japon a également une longue histoire de patrimoine immergé, et ces dernières années la recherchesur les navires échoués et sa préservation progressent. Sur les fonds marins au large de la ville de Minami-izu, sur la péninsule d'Izu, dans la préfecture de Shizuoka, l'épave du Nil, qui appartenait à la société Messageries Maritimes est laissé comme patrimoine immergé. Le Nil était un navire à trois mâts, doté d'une machine à vapeur de 104 mètres de long et de 1714 tonnes, construit à La Seyne dans le sud de la France en 1864 et naviguant sur la route asiatique. Le Nil s'est échoué et a coulé lors d'une tempête en 1874, alors qu'il transportait des objets d'art acquis par le gouvernement de Meiji lors de l'Exposition universelle de Vienne en 1873. Le gouvernement japonais de l'époque, qui était sur la voie du développement d'une nation moderne, envisageait la construction d'un musée national pour exposer les objets transportés par le Nil, mais la plupart d'entre eux ont été perdus dans le naufrage. Une partie des objets récupérés est actuellement conservée au Musée national de Tokyo. Ces collections sont, tout comme les vestiges des navires coulés en Méditerranée, des patrimoines précieux qui témoignent du sort des navires jamais arrivés à la destination. Le naufrage du Nil a fait 86 victimes. Une tour commémorative a été érigée en 1876 par la légation de France et se trouve toujours dans la ville de Minami-izu, après quelques reconstruction. La Convention sur la protection du patrimoine culturel subaquatique, adoptée par l'Unesco et ratifiée par la France, invite à comprendre la valeur des patrimoines subaquatiques à travers l'histoire des deux pays. C'est le cas du Nil, qui représente l'histoire bilatérale entre la France et le Japon. Le navire coulé sur les fonds marins est un lieu de recueillement, et fait parfois longtemps partie de l'histoire locale. Le Nil n'est pas un navire coulé mondialement connu, mais il est d'une grande valeur comme patrimoine maritime partagé. Nous nous penchons dans cette conférence, sur les valeurs historiques et archéologiques du Nil sous différents aspects : les épaves conservées au Musée national de Tokyo, le rapport avec l'histoire des Expositions universelles, ou encore la coque naufragée, protégée comme un patrimoine sous-marin.

Jun KIMURA est professeur associé de la faculté des sciences humaines de l'université Tōkai. Après avoir obtenu son doctorat à l'université Flinders, il a travaillé au Centre de recherche sur l'Asie à l'université Murdoch et au Musée Field de Chicago. Spécialiste de l'archéologie maritime et sous-marine, ses travaux portent notamment sur la recherche sur les ruines englouties en Asie. Principales publications : Archaeology of East Asian Shipbuilding (2016),『海洋考古学入門:方法と実践』(Introduction à l'archéologie maritime : méthodes et pratiques, 2018), 『図説 世界の水中遺跡』(Guide illustré des patrimoines sous-marins du monde, 2022). Professeur invité à l'université KU Leuven, il est membre du Comité d'enquête sur les patrimoines sous-marins de Bunka-chō et membre du Comité international de l'ICOMOS pour le patrimoine culturel sous-marin. Il mène actuellement des recherches sur les ruines préhistoriques de la grotte calcaire sous-marine d'Umbuki, sur l'épave commerciale de la Route de la soie au Vietnam et sur le galion de Manille dans l'océan Pacifique. Depuis 2017, il poursuit également des recherches sur le paquebot Nil au large de la péninsule d'Izu.
Modérateur : Thomas GARCIN (IFRJ-MFJ) Organisation : IFRJ-MFJ

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